Prévention précoce de la délinquance?

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07 - Délinquance et déviance juvéniles: de la transgression à la socialisation - 742205 - Prévention précoce de la délinquance?


Objectif principal:

  • Discuter la philosophie de programmes de prévention précoce de la délinquance tout en adoptant une perspective critique.
  • Explorer les conséquences de postuler que la génétique soit le facteur déterminant de la violence.

Objectif secondaire:

  • Présenter quelques facteurs jouant un rôle dans le déclenchement précoce de la violence.


Plan de la présentation

  1. Quelques facteurs jouant un rôle dans la violence précoce
  2. Exemple d'une étude longitudinale-expérimentale menée à Montréal
  3. Quelques critiques aux programmes de prévention précoce de la violence
  4. Quelques critiques aux méthodes de détection


Médiation éducative
Clément, évoqué au chapitre 3, sur la déviance primaire et la déviance secondaire:

  • la déviance primaire: pourquoi on est délinquant, approche historique centrée sur une approche génétique. Un individu socialement déviant ne pouvait pas être biologiquement normal. Il faut donc trouver la cause de l'anormalité. Il s'agit d'un courant déterministe/innéiste. Ce courant ne s'est jamais éteint et il renait en France à partir du rapport collectif publié par l'Inserm évoqué dans le film. C'est sous couvert de cette approche qu???. centré sur idée que troubles oppositionnels sont le facteur déterminant de la délinquance juvénile.


Figure 5. Film documentaire: «Enfants graines de délinquant?» (52 minutes) (fr).


Quelques facteurs jouant un rôle dans la violence précoce[modifier]

Pour Tremblay il est possible de prédire la délinquance dès l'âge de 3 ans grâce à l'agressivité des enfants, surtout chez les garçons. Pour une petite minorité d'enfants ce comportement devient dangereux. Si l'enfant garde le niveau d'agressivité à l'âge de 15 ans, la personne sera dangereuse. Mieux vaut agir tôt parce que la force (physique) de l'enfant n'est pas encore suffisante pour faire des dégâts. Il y aura un enseignement à ne pas agresser et c'est à la petite enfance que l'on apprend à contrôler des passages à l'acte violent. Les environnements périnatal et préscolaire sont importants et déterminants dans l'expression de notre code génétique. Si on laisse aller la biologie, il sera trop tard pour intervenir et les interventions plus tard risquent d'augmenter les comportements qu'on veut éviter (cf. envoyer quelqu'un en prison). Pour trambley c'est l'environnement qui va faire basculer un enfant dans la violence ou pas. On a tous de l'agressivité en nous, mais elle est maitrisée entre autre par pression culturelle.

  • La violence est une forme facile d'obtenir ce que l'on veut. Les petits enfants n'ont pas encore accès à des formes d'expression plus élaborées tels que le discours et l'argumentation. Après trois quatre ans, les enfants apprennent progressivement à maîtriser leurs impulsions.
  • À court terme, le dressage est plus efficace que l'éducation (Philippe Meirieu). Dans certains milieux, les parents utilisent fréquemment la violence physique comme moyen de contrôle. Une claque peut à court terme être efficace, mais à la longue cela va donner des personnes qui obéissent aux ordres donnés. Toutefois on peut faire obéir des enfants qui n'ont pas intériorisé les normes sociales (cf. l'expérience de Milgram).
  • À partir du 6ème mois le bébé entend ses parents lui dire que s'il est agressé il peut (il doit?) se défendre. L'agression qu'il commet va être justifiée par les parents avec l'argument de l'autodéfense.
  • La séparation avec les parents est anxiogène et s'exprime parfois par la violence.
  • La présence de «troubles oppositionnels avec provocation».


Exemple d'une étude longitudinale-expérimentale menée à Montréal[modifier]

Étude longitudinale et expérimentale de Montréal: guide d'intervention et effets à long terme:

  • 1037 garçons de milieux défavorisés[1].
  • Évalués entre 6 et 15 ans:
    • 14% ne présentent pas d'agression physique
    • 53% niveau faible et diminution progressive
    • 33% niveau important qui diminue (au cours de la socialisation)
    • Entre 3 et 4% niveau très important qui ne diminue pas mais n'augmente pas non plus (qui se maintenant plus ou moins tout au long de leur vie). Mais il y a un maintient du niveau d'agression physique, il n'y a pas d'augmentation.
  • Variables liés à l'agressivité directe: échec scolaire, tabac, alcool, consommation des drogues, sexualité précoce, dépression, chômage, pauvreté (ces personnes restent pauvres à l'âge adulte).

Étudiés à partir d'informations obtenues de la part des parents, d'observations menées à la maison, à l'école, en laboratoire, de dossiers de justice et dossiers d'éducation. Toute une série de moyens on été utilisés. L'évaluation s'est faite toute les années entre 6 et 16, puis à intervalles réguliers. La plupart de ces personnes de milieu défavorisé le reste à l'âge adulte.


Les enfants petits s'arrangent pour exclure un autre qui ne leur plait pas. Plus fréquemment chez les filles (acquisition de compétences verbales plus précoce).


Quelques critiques aux programmes de prévention précoce de la violence[modifier]

  • Ces programmes semblent fondés sur le déterminisme génétique. Tremblay: «L'agression physique comme telle n'est pas déterminée génétiquement. C'est l'éducation qui détermine le devenir». Si on regarde ce propos, c'est une déclaration transparente qui ne s'inscrit clairement pas dans le déterminisme génétique.

Quel est finalement le poids accordé par Tremblay à la génétique? Selon Tremblay, les études des jumeaux donnent pour les monozygotes des résultats semblables sur le comportement. La fréquence de l'agression physique serait due à des causes génétiques (sur 80% alors que 20% serait due à l'environnement). Cependant, même chez les jumeaux monozygotes, les comportement ne sont pas complètement identiques, la corrélation est de .59. En conséquence, toujours selon Tremblay, l'espace pour l'environnement est important[2].


Parallèle entre le déterminisme génétique de l'intelligence et celui de la violence:

«L'intelligence est proclamée "génétique à 80%", rumeur basée, à la fois sur une interprétation idiote de la notion d'héritabilité et sur une mesure de corrélations de QI dans un grand échantillon de jumeaux monozygotiques étudiés et publiés par Sir Cyril Burt et une collaboratrice. Une enquête minutieuse de Leon Kamin a montré que l'échantillon improbable en question n'a jamais existé, pas plus que la collaboratrice qui était censée avoir fait le travail! Comme il est bien évident que l'intelligence ne peut bien se développer que dans un cerveau en bon état et dans un milieu favorable, je me rallie de longue date à la formule du regretté Jean-Michel Goux, pour qui il était évident que l'intelligence, pour peu que l'on puisse la définir, est "100% génétique et 100% due au milieu!" Prétendre mesurer la part de ces "composantes" en interaction permanente est dépourvu de sens...» (Langaney, 2013, pp 22-23).


Les tests utilisés pour les mesures telles que l'intelligence sont très dépendants de la culture. Les comportements sont repérés et interprétés selon des critères locaux. P.ex. la manière de manifester l'affection est très culturelle: elle ne sera pas du tout la même en Amérique Latine qu'au Japon... Les codes de tolérance par rapport à la violence, intelligence, etc. dépendent aussi des classes sociales. La violence, p.ex., sera beaucoup plus tolérée dans de milieux socio-économiques bas qu'élevés.


La sciences moderne, née chez Galilée où on voulait prédire les phénomènes, avec comme but de maitriser nature, de la contrôler:

  • Sciences modernes [math]\longrightarrow[/math] Principe de causalité [math]\longrightarrow[/math] Phénomènes naturels

Exemples de causalité:

  • fumer est une des causes du cancer;
  • l'écoulement de l'eau est une des raisons de l'existence des rivières. (graphe haut)


  • Rupture épistémologique (physique quantique) [math]\longrightarrow[/math] Complexité, incertitude, probabilité [math]\longrightarrow[/math] Rôle du milieu, interactions entre acteurs

Mais il y a une rupture épistémologique où l'observateur n'est plus totalement neutre, il a une influence sur l'objet observé. On n'utilise plus les principes de causalité, mais une vision de complexité, d'incertitude et de probabilité. On considère l'acteur dans la prédiction.

La prédictibilité est donc diminuée à cause de l'introduction d'une complexité. Ce courant à aussi traversé la génétique ayant mis en évidence beaucoup de facteurs dans la fonction du gène (épigenèse). À partir de cette révolution, on étudie les lois de la nature, non plus en terme de nécessité, mais de probabilité.


Quelle est la posture épistémologie à la racine de ces programmes?

  • «À notre grande surprise, les problèmes d'agression diminuaient avec l'âge» (Tremblay in «Enfants, graines de délinquant?»)

Tremblay semble surpris que le nombre d'agression diminue avec l'âge. Pourtant le pic de violence chez les adolescents a été observé depuis l'antiquité. Cette surprise pourrait être interprétée comme une hypothèse bizarre?

La contingence, l'aléatoire, ont été introduits dans l'étude de la délinquance «en particulier (avec) les travaux de R. J. Sampson et J. H. Laub (1988) qui présentent un modèle complexe où la délinquance tend à diminuer avec l'âge, mais aussi avec les opportunités qui s'offrent de construire des liens sociaux puissants et stables» (Dayan, 2012, pp. 890).
«Pour Tremblay un trouble génétique (troubles oppositionnels avec provocation) est à l'origine de l'incapacité à être progressivement socialisé. Il fait jouer un certain rôle à l'environnement mais toujours secondaire» (Dayan 2012, p. 894).

Du coup, il va utiliser de métaphores médicales pour appuyer ses propos: «Lorsqu'un enfant présente de façon chronique des symptômes du trouble des conduites, le risque de délinquance juvénile grave est statistiquement aussi important que de développer un cancer (sic) lorsqu'on est un gros fumeur.» (Tremblay, 2008, cité par Dayan 2012, p. 892).

Comment interpréter ces propos dans une société préconisant responsabilité individuelle de tous les comportement y compris de la santé?


Selon Tremblay (2012a), le phénomène du pic de violence pendant la jeunesse est universel. Il se présente aussi chez des singes rhésus.


Si ça arrive aussi chez les singes c'est qu'elle est naturelle, qu'elle va de soi, elle est donc génétique. Donc l'apprentissage est de ne pas agresser, et non d'agresser (cette dernière étant naturelle, innée).


Quelles sont les implications de considérer que les facteurs génétiques sont déterminants de la délinquance?

  • «Parfois érigés en stigmates» (hérédité, tares, maladie mentale, culture ou ethnie, classe sociale), ces facteurs deviennent un «obstacle au changement» (Dayan, 2012, p. 889).
    • Une fois qu'un enfant est étiqueté comme porteur du trouble, il est difficile de se défaire de l'étiquette (et non du trouble).
  • Du coup, l'intervention politique devient inutile:
    «Un peu plus de science et un peu moins de politique de la part des professionnels ferait un grand bien à tous ces jeunes qui souffrent» (Tremblay, 2008, cité Dayan 2012, p. 894).
  • «Le déterminisme ruine le libre arbitre» (Dayan 2012, p. 895).
    • mais comment va-t-on dire qu'une personne possède le libre arbitre si on lui dit qu'elle est déficiente? La conclusion est que la personne n'a pas le libre arbitre.

Donc dire que le génétique détermine le comportement, c'est détruire le droit pénal sur le libre arbitre.


  • L'identification (trop?) précoce comporte le risque de fixer un jeune dans la déviance. Cette prédiction peut se transformer dans une prophétie qui s'auto-accomplit;
    • risque d'étiqueter, stigmatiser et fixer dans la déviance.
  • L'intitulé et la philosophie du programme devraient s'exprimer en positif: Protection de l'enfant au lieu de prévention de la délinquance;
    • pour moins stigmatiser les destinataires (souvent issus de milieux défavorisés, désavantagés), on devrait plutôt parler de protection de l'enfant plutôt que prévention de la délinquance.
  • Le programme devrait être universel, destiné à tous les enfants d'une communauté indépendamment des facteurs de risque;
    • facteurs de risque dans étude de Tremblay très axé sur condition de la mère.


Quelques critiques aux méthodes de détection[modifier]

Un des indices pour déterminer un trouble:

  • «Tu vas bien comme Dominique?»: pas de place pour la complexité, réponse dichotomique. Mais cette pensée binaire est depuis longtemps dépassée en sciences humaines. Mais personnes transidentitaires ne peuvent plus accepter
  • «Existe-t-il des moments où vous êtes sur le dos de votre enfant?»
  • «L'enfant taquine ou brutalise ses copains?»
  • «L'enfant pleure ou rit trop?»
  • «Fouillez-vous dans ses affaires?»
  • «Refuses-tu souvent d'obéir aux adultes?»


Notes & références[modifier]

  1. Source: conférence, «Origines et développement des actes de violence physiques» Richard Tremblay, Genève, le 29 novembre 2012
  2. Source: communication personnelle, Richard Tremblay, Genève, le 29 novembre 2012; Conférence, «Origines et développement des actes de violence physiques» Richard Tremblay, Genève, le 29 novembre 2012.


Bibliographie[modifier]

  • Dayan, J., 2012, «Comprendre la délinquance?», Adolescence, 4 n° 82, p. 881- 917.
  • Gatti, U., 2006, «Les implications éthiques des programmes de prévention précoce de la délinquance», In Du monde pénal: mélanges en l'honneur de Pierre-Henri Bolle, (pp. 301-312), Collection Neuchâteloise, Helbing & Lichtenbahn, Neuchâtel.
  • Julienne, M. & Muel, C., 2008, «Enfants graines de délinquant?», produit par Cinétévé et France 5, diffusé le 4 novembre 2008 sur France 5.
  • Langaney, A., 2013, L'«excellence» se mérite-t-elle? L'archicube, n°14, juin «Mérite et excellence», pp. 17-23.
  • Tremblay R. E. 2008, Enfants violents: dépister n'est pas réprimer. Sciences humaines, 195: 32-35.
  • Tremblay, R. 2012a, «Origines et développement des actes de violence physiques» Conférence à Genève, le 29 novembre 2012.
  • Tremblay, R. 2012b, Communication personnelle avec F. Carvajal-Sanchez, Genève, le 29 novembre 2012.